Cappadocia Ultra Trail : à quelques détails près…

Cappadocia Medium Trail - Urgüp - Turquie

Samedi 15 octobre 2022 - Urgüp - 7h00 - 63km 1900D+

Préambule

Pour de multiples raisons, cette course en Cappadoce me tient tout particulièrement à coeur. A commencer par le cadre incroyable dans lequel elle se déroule.

C'est aussi parce que Péline est originaire de la région de Kayseri, juste à côté des Cappadoces. Et pour terminer, un certain esprit de revanche suite à ma première participation en 2019, où je n'avais pu tirer le meilleur de moi-même à cause de la chaleur et de la fatigue accumulée  dans les semaines précédentes.

Abordant cette course parmi les favoris, j'avais donc à coeur de réaliser une belle perf en visant une place au classement scratch.

Une prépa optimale... ou presque

Arrivé sur place quelques jours avant la course, j'ai eu le temps de m'acclimater et de repérer la majeure partie du parcours (que je connaissais déjà, le parcours n'ayant pas subit de grosses modifications depuis ma précédente venue).

L'occasion également de croiser (et de donner un coup de main) aux bénévoles en charge du balisage, parfois un peu perdus et qu'il a fallu remettre sur le droit chemin !

Malgré tout, quelques grains de sables dans cette belle mécanique sont venus perturber légèrement mes plans. Un peu nauséeux pendant ces quelques jours, c'est surtout quelques soucis d'ordre gastriques qui m'ont accompagnés dans ma préparation. Rien de bien inquiétant toutefois, mais c'est une certitude, je ne serais pas totalement à 100% de mes capacités samedi matin !

Un début de course maîtrisé

Il est 7h00 samedi matin, le soleil vient à peine de se lever sur Urgüp lorsque le départ est donné !

D'entrée nous attaquons par une portion bien raide, après un démarrage en douceur, je me porte rapidement en tête de course, accompagné par un autre coureur.

Nous faisons immédiatement le trou sur les poursuivants, mais au bout de seulement 2km, il prend la poudre d'escampette. Ne le connaissant pas, et ne pouvant le suivre sans frais, je le laisse filer. De 2 choses l'une : soit il est bien plus fort que moi, et le suivre ruinerait ma course, soit c'est un chien fou et je le ramasserai plus tard !

Dans tous les cas la meilleure, et la seule stratégie envisageable, c'est de rester sur mon tableau de marcher et laisser partir.

Première alerte

Si la première montée et la descente qui s'en est suivie se sont bien passées, sur la portion plane suivante, je sens que je suis déjà dans l'effort pour maintenir mon rythme de croisière, signe que je ne suis pas forcément à 100%. Néanmoins je tiens toujours ma seconde place, et n'ai personne dans les rétroviseurs.

Même si je pressens que la suite ne sera pas forcément facile, je poursuis ma route sur mon rythme. Tout en essayant de profiter des paysages somptueux que je traverse.

Un scénario contrariant

Alors que je pensais avoir fais un petit trou sur mes poursuivants, quelle ne fût pas ma surprise, après le premier ravitaillement, de voir revenir 2 coureurs, puis 3 autres en chasse derrière.

Même si cela contrarie un peu mon plan de course, je ne m'en inquiètes pas trop. Nous sommes sur une portion montante sur laquelle je ne suis pas forcément le plus à mon avantage. Mais le moral en prend tout de même un petit coup.

Sauf défaillance, j'ai déjà fais une croix sur la victoire finale, le premier étant déjà à plus de 4 minutes devant ! C'est donc sur cette seconde place qu'il va falloir se concentrer.

Remise des pendules à l'heure

Si cette montée m'a coûté quelques plumes, je compte bien remettre les choses en place dans la descente vers Göreme. Ce que je fais rapidement, en à peine 1km je reprend les 2 coureurs échappés et les laisse derrière moi. Je vais donc tenter de creuser l'écart avant la remontée vers Ushisar.

Une petite erreur sans conséquences

Parti à fond dans la descente, sur une large piste, je manque une bifurcation. Immédiatement rappelé par le coureur qui me suivait, je rebrousse chemin et reviens rapidement sur le bon tracé.

Je n'aurais perdu qu'une quinzaine de secondes dans l'opération, mais tout est à refaire... Ces quelques secondes ne seront peut-être pas sans conséquences sur la suite du déroulé de la course.

Je repars de plus belle. Plus à mon aise que les autres coureurs, je reprends le large sur la meute des poursuivants dans cette descente peu technique mais très sinueuse au fond d'une gorge magnifique.

Résiste....

A la fin de cette longue descente, je dois avoir pris une trentaine de secondes d'avance sur un groupe d'environ 5 coureurs, (parmi lesquels 2 du format long).

Petite remontée sur les hauteurs de Göreme avant de redescendre dans la ville puis de bifurquer en direction d'Ushisar.

Une longue montée m'attend, relativement roulante, avec cependant quelques passages plus raides. Je parviens dans cette première partie à maintenir l'écart avec mes poursuivants.

Sous bonne escorte

Je ne suis pas seul sur cette portion, un Kangal (gros chien de berger turque) m'accompagnera pendant pratiquement 3 kilomètres, jusqu'aux portes d'Ushisar.

Ces gros chiens sauvages, bien que très impressionnants se révèlent être très gentils. Il ne sera pas le seul à me suivre durant la course, d'autres prendront le relais sur la suite du parcours.

Retour à la réalité

Mais revenons à la course. Si je suis parvenu à résister dans cette première partie de la montée, je ne parviendrais pas à conserver mon avantage dans la montée finale vers le château d'Ushisar.

La pente se fait plus raide et nous abordons un long chemin vers le second point de ravitaillement. Je n'ai pas les jambes pour tenir la cadence.

Mes poursuivants me rattrapent et me laissent quasiment sur place, je ne peux rien faire d'autre que les regarder partir, impuissant.

Ne pas baisser les bras

Sans compter les 3 coureurs du 120k qui sont passés devant, je me retrouve, à la sortie du ravitaillement, en 4ème position, à la lutte avec un Suisse, qui ne me lâchera pas pendant un bon moment !

Erreur de stratégie

Une nouvelle petite erreur d'inattention me fait encore m'écarter un peu de la trace et perdre quelques secondes supplémentaires. Rien de bien grave une nouvelle fois, mais je m'en serai bien passé !

Il est environ 9h30 et la température commence à monter un peu. Au ravito j'ai rangé le kway... mais peut-être un peu prématurément. Dans la descente d'Ushisar, je comprend vite mon erreur. La descente est rapide et je prends un peu froid... moi qui était déjà en proie à des petits soucis gastriques avant la course, cela n'arrange pas les choses. Même si sur le moment cela ne porte pas à conséquences, le mal est fait... je m'en rendrais compte un peu plus tard !

La vallée de l'amour

A la sortie d'Ushisar, plongée directe dans la vallée de l'amour, nouveau canyon étroit mais très roulant, malgré quelques bosses qui ne manquent pas de faire mal aux jambes !

Je parviens à prendre un petit peu d'avance sur mon petit Suisse, et il m'arrive par moment d'avoir un petit visuel sur les gars qui me précèdent. Mais dans la longue montée qui précède le ravito de Göreme, je perds à nouveau le contact avec mes prédécesseurs...

Une pause... qui s'impose

Arrivé au ravito, je ressens les effets du petit coup de froid subit précédemment, je dois me résoudre à l'idée qu'un petit arrêt imprévu va s'imposer.

Malgré tout, je repars rapidement, mais ma seule idée à ce moment là... est de trouver un petit endroit plutôt discret pour pouvoir accomplir mon oeuvre...

Cela sera chose faite un petit kilomètre plus loin. Un grand soulagement, mais 1'40" de perdues et mon petit Suisse qui m'est repassé devant !

Je me sens alors libéré, même si les jambes ne sont pas au top. Alors que nous allons aborder la portion la plus difficile de la course.

Au moral

Le rythme, sans être ridicule non plus, n'est pas celui que je pourrais espérer. Je suis clairement dans le dur, et l'air sec et la chaleur qui commence à monter ne sont pas pour me faciliter la tâche.

Patiemment, tout doucement, je reviens sur le concurrent Suisse, il semble souffrir autant que moi ! Je finis par le dépasser, et même s'il restera encore à proximité pendant une dizaine de km, je ne le reverrai plus !

Me voilà donc revenu en 4ème position. J'aborde alors une longue portion sinueuse, à flan de falaise... c'est tout simplement magnifique, mais pas question de regarder le paysage... l'erreur n'est pas permise !

J'essaie malgré tout de regarder au loin pour tenter d'apercevoir les coureurs qui sont devant moi, mais rien, bien que la vue soit très dégagée... ils sont bel et bien partis ! Entre ma pause impromptue et ma baisse de régime, j'ai pris cher !

 

Un sursaut d'espoir

C'est donc dans cette position que j'arrive à Cavusin, lieu du 4ème ravitaillement et qui précède la montée la plus difficile de la course.

Je prends juste quelques secondes pour me ravitailler et je repars aussi vite que possible.

J'ai fais une croix sur le podium, mais je veux à tout prix préserver ma 4ème place, alors je ne lâche pas, tente de remettre du rythme et grimpe le plus vite possible, en veillant toutefois à ne pas me mettre dans le rouge !

Je rattrape d'abord un concurrent du 120,... puis un second, mais cela n'a guère d'importance. Mais surtout, quelques lacets au dessus de moi, je vois le 3ème !

Je me dis alors que tout est encore possible, d'autant qu'il n'a pas l'aire d'être franchement à son aise. N'ayant pas non plus beaucoup de forces en réserves, je ne m'emballe pas et décide de remonter tranquillement, j'ai encore pas mal de kilomètre devant moi pour tenter une jonction.

Arrivé sur le plateau, je le vois toujours au loin, tout doucement, imperceptiblement, je me rapproche. Je gagne encore un peu de terrain dans le petit raidillon qui suit et qui précède le début de la descente vers Akdag, lieu du dernier ravito.

Petit couac...et grandes conséquences.. ou pas

Au ravito d'Akdag, je ne suis plus qu'à 1'30 de ma cible. Il reste encore 9km et tout est encore envisageable !

Mais, un petit grain de sable vient perturber la mécanique. Péline, bloquée par la Police, n'a pu se rendre au point de ravito. Je vais devoir me débrouiller seul.

Et si je pense bien à remplir ma flasque et m'asperger d'eau, je néglige le fait de m'alimenter. Trop pressé de repartir et perturbé par cet imprévu au programme.

Derniers espoirs...

Je me lance dans cette fin de course, la première partie est globalement descendante et peu technique, je m'y retrouve plutôt à mon avantage. Régulièrement j'aperçois ma cible, ce qui m'encourage et me donne des ailes !

J'en profite pour remonter le 1er du 120km... à voir son rythme quand on sait qu'il lui reste encore autant de km à parcourir, c'est juste incroyable... une vraie machine le gars !

...envolés

Mais tout cela était sans compter la dernière grande côte, certes pas très pentue, mais terriblement longue ! Alors que je pensais pouvoir revenir, je n'ai plus de visu sur mon concurrent, j'ai beau faire tout ce que je peux, mais rien !

Rapidement la fatigue accumulée se fait ressentir, mon rythme diminue et mon ascension se fait de plus en plus difficile. Mes derniers espoirs s'envolent définitivement, je ne reverrai plus mon adversaire. Qui lui, de son côté a retrouvé un second souffle et mène un train d'enfer...qui lui permettra même de prendre la seconde place en toute fin de parcours !

Je suis cuit, plus d'essence dans le moteur, plus de jambes. cette côte n'en finit plus ! J'attends désespérément une petite descente pour reprendre mon souffle.

En finir comme je peux.

Envolés les espoirs de podium, j'ai abdiqué tout espoir. Je me contente maintenant de regarder derrière moi, je n'ai aucune idée d'où peut bien se trouver le Suisse (ou un autre ?).

Il ne me reste plus que 2 petites bosses à passer avant d'entrer dans la ville et de terminer par une descente vers l'arrivée.

Je me fais une dernière petite frayeur lorsque j'aperçois un coureur derrière moi qui revient à vive allure... je pense alors que c'est cuit pour moi. Mais heureusement, il s'agit en réalité du second du 38km. Plus de peur que de mal donc !

 

J'entre dans la ville et termine en roue libre et franchi ainsi la ligne en 4ème place.

Un beau résultat malgré tout

Si je ne peux m'empêcher d'être un peu déçu d'avoir laissé filer ce podium qui me semblait à portée de jambes, je peux malgré tout être fier de ma course.

Je n'avais pas aujourd'hui toutes les armes pour rivaliser, et quelques petites erreurs bénignes sont venues contrarier mon scénario. Je n'ai cependant rien à regretter, je finirai finalement à 5 petites minutes de la seconde place, mais même sans ces petits couacs je pense que je n'aurais pas été en mesure de combler l'écart, tant mon adversaire était fort sur cette dernière portion de parcours.

Pour l'anecdote, je remporte la catégorie des 50ans et +... et même celle des 40+... le plus vieux de mes adversaires devant ayant tout juste 35 ans !

Une course merveilleuse

Plus que le résultat j'en retiendrais surtout les paysages fabuleux que nous avons traversé durant cette épreuve, ainsi que l'ambiance et les encouragements reçus de tous les bénévoles présents sur le parcours.

C'est vraiment une course à part et qu'il faut vivre au moins une fois dans sa vie

Même si je rêvais d'un podium scratch, je tiens à dédier ma course à Péline, qui m'a soutenue tout au long de cette épreuve et qui de plus est originaire de la région de Kayseri où elle a vécue lorsqu'elle était enfant.

 

 


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